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adieu, habitudes
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  Le jour se lève, les formes deviennent grises, puis peu à peu, chassant la pénombre, le soleil fait son apparition.  Celui-ci a le malin plaisir de se lever juste dans le centre de la route, face à moi.  Il est gros, bien rouge, et a l'air de me dire : « Salut ! j'arrive de là où tu vas te rendre; je me lève pour la première fois sur ta route du raid pour te dire: Marche toujours vers l'est. » Je me surprends à parler tout seul car je me sens ragaillardi par cette apparition de bonne augure.  Peu à peu il monte dans l'axe de la route et mes kilomètres défilent.

Bientôt je dois m'arrêter pour enlever mon chandail et prendre les lunettes.  Ici, en pleine côte, un pont me remet en mémoire que les Allemands l'avaient démonté pour le passage des bateaux vedettes.  Puis le soleil aidant, avec la fatigue et le sommeil, voilà la défaillance, en terme cycliste « l'homme au marteau » qui se dresse au coin d'un pont surélevé ; aussi je n'attends pas qu’il frappe et je me réfugie dans l'auberge d'un petit village. Un morceau de pain, un bout de saucisson et un peu devin, le tout suivi d'un  « coup de fusil » pire que le coup de marteau.  On essaie de me faire avaler le prix du kilo de cochon, mais, comme je n'ai pas pesé le morceau de saucisson qui est avalé, je suis obligé de payer, pour les cinq centimètres mangés, le prix d’un saucisson entier à Paris.  Merci quand même; la discussion m'ayant réveillé, je file vers Arnay-le-Duc que j'atteins à midi.

Je suis maintenant en avance sur l'horaire.  Je ne devais être à Beaune qu'à six heures le soir, aussi je file à la poste téléphoner au Président des cyclos de Beaune.  Celui-ci est étonné et me prie de dîner sur place et de ne repartir qu'à quinze heures pour arriver juste pour les réceptions prévues.  Me voici donc dans cette cité ga stronomique de Bourgogne, où sans me presser je fais honneur à un bon repas.  La bicyclette a comme partout attiré des curieux et cela me vaut une tournée du patron qui me montre les journaux locaux parlant du raid.  Je quitte cette agréable société et à la sortie de la ville prends la petite route, laissant la Nationale, car j'ai promis de faire un détour pour saluer les amis cyclos de la région.              

Mon allure est digne du Père Tranquille.  La route bordée d'arbres est magnifique : je profite de la nature en pur cyclo.  Bientôt j'arrive au col.  Mon allure s'est accélérée car je peine moins à grimper à ma vitesse de jambes normale.  Le régime est bon et les «lacets » peu à peu s'entassent derrière moi.  D'un seul coup un cycliste, véritable bolide, surgit d'un virage devant moi; m'apercevant il freine et me fait fête.  Bientôt un deuxième et un troisième : ce sont les dirigeants du Club cyclo de Beaune ni ont tenu à venir à ma rencontre pour m'assurer de leur amitié. Notre route toute émaillée de palabres me semble très courte et la descente sur Beaune verra l'avantage, au poids de ma machine.

                 Le Président, conseiller municipal, m’accueille dans sa maison où je fais un brin de toilette avant de parcourir la ville en compagnie des cyclos.  Nous avons encore le temps pour la réception officielle à la mairie.

 

Dans les celliers bourguignons.

 

Mes hôtes me proposent la visite d'une grande cave bourguignonne aux traditions plus que centenaires; l'accueil bourguignon ne se dément pas et c'est en compagnie d'un cicérone érudit que je traverse les sanctuaires du vin, où l'on travaille et entasse les trésors de la vigne, ces compléments indispensables de la gastronomie française.  Ainsi je passe, de la chapelle désaffectée datant du XVII siècle, devant les foudres gigantesques contenant chacun cinq mille litres.  J'admire au passage une nouvelle machine permettant les opérations de remplissage, bouchage, habillage de mille cinq cents bouteilles à l'heure.  Puis je pénètre dans un temple moderne, si je puis dire, car il est constitué d'une grande fresque murale racontant par ses peintures les aventures de personnages de notre temps embarqués dans la mythologie de, Bacchus.

. Au centre de cette grande pièce surmontée d'ogives, un très grand autel en pierre d'un seul bloc nous permet d'admirer de magnifiques verres à dégustation réservés aux grandes réceptions.  Notre dégustation obligatoire se fait dans un endroit beaucoup plus petit, mais combien plus intime.  Cela se passe tout au fond de la cave; on y accède par un escalier tortueux.  La fraîcheur en été doit y être très agréable, car les voûtes sont couvertes de salpêtre ! Avant d'atteindre le sanctuaire, nous défilons devant un nombre considérable de bouteilles, les unes dans de grandes cases, les autres disposées avec art, tête bêche, juste sur deux lattes de bois; aux extrémités un morceau de bouchon forme butoir.  Les rangées quelquefois longues de dix mètres sont superposées et montent à deux mètres de hauteur, séparées seulement par deux lattes.  C'est tout étourdi (déjà !) par le nombre de bouteilles et le capital qu'il représente que j'ai pénétré dans l'enceinte réservée à la dégustation intime.  Une grotte ou plutôt une caverne aux murs de pierre me fait penser tout de suite, avec l'autel disposé au centre et entouré de niches garnies de barreaux. aux martyrs de l'époque de Néron. La pénombre qui règne derrière les solides grilles, évoque des bêtes féroces prêtes à déchiqueter sitôt que la trappe leur livrera le passage.  Je sens déjà qu'ils vont rugir, mais un flot de lumière met fin à mes pensées romanesques.  L'éclairage indirect savamment combiné souligne en relief les aspérités des. parois ainsi que la niche où un vieux patriarche en pierre examine une fine bouteille.